Au premier regard, le village de Vernègues, en Provence ne cherche pas à impressionner. Il se dévoile lentement, comme un Provençal qui vous jauge avant de vous offrir un verre de rosé. Accroché aux collines douces entre Salon-de-Provence et le Luberon, il semble d’abord n’être qu’un regroupement de pierres blondes, de cyprès silencieux et de volets fatigués par le soleil. Mais comme souvent en Provence, l’essentiel se trouve dans les détails : l’odeur du thym chauffé par le mistral, le grincement d’une vieille porte en bois, et la conversation animée d’un groupe d’habitants à la terrasse du café.
L’histoire du village est inscrite dans ses pierres avec la patience d’un vieux notaire. Bien avant les voitures et les téléphones portables, il y avait ici un oppidum romain perché sur les hauteurs, surveillant les plaines fertiles. Les siècles ont passé, apportant seigneurs, paysans, chapelles et moulins à huile. Puis, au début du XXᵉ siècle, la terre elle-même décida de rappeler sa puissance : le grand séisme de 1909 frappa la région et détruisit une grande partie du vieux Vernègues. Les ruines de l’ancien village, encore visibles aujourd’hui, ont l’air de méditer tranquillement sur cette brusque interruption de l’histoire, comme des vieillards assis à l’ombre qui se souviennent d’un événement dont tout le monde parle encore.
Mais Vernègues n’est pas un village figé dans la nostalgie.
La Provence possède cette capacité remarquable à honorer son passé tout en préparant le déjeuner de demain. Les vignes continuent de produire des vins honnêtes et parfumés, les oliveraies donnent leur huile verte et poivrée, et les marchés voisins regorgent de fromages de chèvre, de tapenades et de fruits qui semblent avoir été conçus spécialement pour accompagner un pique-nique sous un platane. Les nouveaux habitants — Parisiens repentis, artistes discrets, familles attirées par la lumière — se mêlent aux anciens avec cette diplomatie toute provençale qui consiste à discuter longuement avant de décider quoi que ce soit.
Aujourd’hui, le village vit à un rythme à la fois tranquille et étonnamment actif. Les randonneurs sillonnent les collines, les golfeurs se dirigent vers les greens impeccables du Domaine et Golf de Pont royal installé depuis plus de 30 ans à seulement 5 minutes, et les soirées d’été se terminent souvent sur la place, avec un concert improvisé, quelques verres de rosé et cette conversation interminable qui semble être l’un des véritables patrimoines culturels de la Provence.
Ainsi va Vernègues : un endroit où l’on peut très bien arriver pour un week-end… et découvrir, quelques années plus tard, que l’on n’est jamais vraiment reparti.